Des bruits de pas
précipités retentissaient sur les pavés. Pas
un passant. La rue était déserte. Une chance pour
eux, une larme pour elle. Que devait-elle faire ? Son
bâton tambourinait le sol dans
l’espoir de trouver une issue. Où aller ? Serait
–elle condamnée à mourir si jeune ?
Etait-ce son destin ? La tristesse et le désespoir la
gagna. Elle avait envie de tout quitter, de se
rendre.
Soudain, son bâton lui indiqua
une ruelle sur la droite. Avait-elle une chance de s’en
sortir ? Elle reprit courage, s’embarqua dans
l’avenue et courut le plus vite qu’elle
put.
Le bruit des pas de ses assaillants
lui indiqua qu’elle les avait distancés et
qu’ils ralentissaient, sûrement pris de
fatigue.
L’espoir reprit sa place en
elle, mais s’effondra à nouveau lorsque son
bâton buta contre un mur. Elle était tombée
dans sur cul-de-sac. Elle voulait se réveiller, mais elle
savait que se pincer ne servirait à rien puisque ce
qu’elle vivait n’était pas un rêve.
C’était un cauchemar réel.
Elle s’apprêtait à
tomber sur le sol, vaincue, quand soudain, une main la tira
à l’intérieur d’une maison. Une voix,
sûrement celle de son sauveur, murmura : «
Surtout ne dis rien. Suis-moi.Tu ne craint rien, ne t’en fait
pas. »
La voix appartenait à un jeune
garçon, celui qui l’avait tiré de là.
Celui qui lui avait sauvé la vie. Il la prit par la main et
l’entraîna dans sa course. Ils montèrent
jusqu’au troisième étage et le garçon
frappa à une porte. Celle-ci s’ouvrit. Une voix de
femme éraillée demanda : « Qui
a-t-il mon enfant ?
-
Une poursuivie.
-
Entrez vite. Comment
s’appelle-t-elle ?
-
Je ne sais pas. Je n’ai pas encore eu le temps de lui
demander. Mais ne restons pas chez toi, allons plutôt chez
Hamhye. »
La femme à la voix
éraillée ferma la porte de sable à triple tour
et ils partirent tous les trois dans l’étroit couloir
de l’appartement et frappèrent de nouveau à une
porte : « Oui ?, Demanda une voix plus
jeune que la première.
-
Hamhye, c’est Chassulbe, ouvre vite. , Dit la voix
éraillée. »
La porte s’ouvrit et les trois
entrèrent et fermèrent la porte encore une fois. Ils
s’assirent dans des fauteuils de lin bleu. La
dénommé Hamhye demanda : «
Qu’attendez-vous ? Racontez-moi pourquoi vous êtes
en ce moment chez moi et pourquoi vous avez fermé ma porte
à triple tour.
-
Moi, dit la vielle femme, je n’en sais pas plus que toi,
à part que Kenran et entré chez moi en apportant
cette jeune fille qui apparemment est
poursuivie.
-
Eh ! Ne me regardez pas comme ça ! ,
S’offusqua le garçon. Je l’ai juste fait entrer
dans l’immeuble ! Je ne sais même pas comment elle
s’appelle !
-
Oh, excusez-moi ! , S’empressa de répondre la
fille en question.
Je m’appelle Shimy Laspunta , fille de Koshy
Laspunta .
-
Ma parole ! Mais tu es la fille du roi ! ,
S’exclama Hamhye. Pourquoi es-tu poursuivie ? Et par
qui ? Kenran, enlève-lui d’abord le bandeau
qui lui cache les
yeux ! »
Kenran s’exécuta, mais
Shimy l’arrêta : « Ne te fatigue pas.
Avec ou sans le bandeau, pour moi, c’est pareil. C’est
le noir complet. »
Kenran, Hamhye et Chassulbe
restèrent interdit et se consultèrent du
regard.
Alors comme ça, Shimy ne
verrait jamais les yeux orangers de son sauveur, ni ses beaux
cheveux châtains. Elle ne pourrait jamais admirer le sable
des maisons, les tapisseries de soie aux milles couleur qui
ornaient le mur. Elle ne contemplerait que le noir, si elle pouvait
encore voir le noir, couleur de la
tristesse.
Tout à coup, on entendit
plusieurs personnes donner un coup à la porte. Une voix
grave s’éleva : « Ouvrez si vous
ne voulez pas vous retrouver dans les geôles royales !
»
Shimy poussa un petit cri à
peine audible et murmura : « Par la Sainte
Sablorie ! Ce sont les gardes royaux !
-
Kenran, emmène Shimy avec toi et descendez dans la cave,
puis passez par le tunnel et partez le plus vite possible !
Prenez la deuxième porte et vous serez dans la ville. Vous
devriez la quitter et partir le plus loin possible. Kenran, je te
donne mon sac de voyage, vous aurez tout ce qu’il faut
dedans, leur indiqua Hamhye.
-
Merci pour tout, remercia Shimy.
-
De rien. Allez, partez
maintenant. »
Les deux enfants
s’empressèrent de descendre les escaliers
cachés derrière une grande étoffe. Ils
coururent aussi vite qu’ils le purent tout en sachant
qu’ils avaient de l’avance. Kenran suivait à la
lettre les indications de Hamhye et entraînait Shimy avec
lui. Bientôt, ils avaient atteint la ville. Dans le sac de
voyage de la jeune femme, ils trouvèrent des pépites
dorées et en profitèrent pour s’acheter des
capes pour ne pas se faire reconnaître. Ils achetèrent
aussi un chameau et des vivres. Une fois équipée, ils
quittèrent la ville aux bâtiments de
sable.